Les « à tractions » de Richard

Nous sommes allés le 15 septembre 2007 à quelques uns, chez Richard Flamant pour découvrir des dispositifs auto construits, des aménagements et des savoir-faire permaculturels qu’il applique sur son lieu de vie.

Nous avons d’abord découvert les bandes boisées âgées d’une douzaine d’années, qui bordent sa parcelle. Ingénieur paysagiste de formation et de métier, Richard a mis en pratique les principes développés il y a déjà plus de 30 ans par l’ingénieur et éditeur Dominique SOLTNER. (jeunes plants, couverture du sol, biodiversité…) Richard indiquera qu’il a déjà réalisé deux coupes sur des ormes résistants particulièrement vigoureux, et obtenu des bûches de 10 cm de diamètre.

escampe-richard-flamand-Serre_ZomeUne coupole à facettes géométriques, un “zome“ dont la base est un décagone, nous attire ensuite : c’est une serre ! Elle est couverte de bâche horticole translucide (polyane) tendue sur une ossature triangulée. Les poteaux de bois (section 70×70) sont assemblés sur des “noeuds” à 5 ou 6 pans. Avec son diamètre de 8m et sa surface au sol qui atteint 50 m2, et malgré l’absence de fondation et d’ancrage au sol, la serre est très peu sensible au vent.

Au centre la hauteur atteint 4 mètres. C’est suffisant pour tenter des cultures à la verticale sur des fils tendus. (petits pois, haricots, tomates, concombre…)

escampe-richard-flamand-composteur_rotatifL’attention s’est portée ensuite vers un gros cylindre en bois sur 4 pieds, (diamètre et largeur de 1,20m). C’est un composteur rotatif inspiré d’un modèle coûteux en plastique du commerce.
Richard y entasse par couches successives le fumier de sa chèvre ou de vache (son voisin est éleveur), les tontes de pelouse, les cendres de sa cheminée, les sciures de bois et divers « déchets » verts. L’ensemble est arrosé à l’eau du puits après chaque couche et les jus sont récupérés. Ils servent à compléter l’humidification nécessaire.

Quelques poignées de SCORAMIDE sont ajoutées. C’est un engrais complet vendu en sac de 25 kg pour lutter contre la mousse des gazons. Il apporte des scories riches en phosphore et en potasse et du cyanamide de chaux, qui libère progressivement de l’azote et aide à relever le pH.
Un jeu de corde et une manivelle permettent sans trop d’efforts d’imprimer une rotation complète au composteur. L’exercice est répété tous les jours de la première semaine. Puis tous les 2 ou 3 jours par la suite. Le compost est ainsi parfaitement aéré, la vie microbienne est intense, l’odeur pas désagréable. Le thermomètre piqué dans la masse indiquait pas moins de 65 degrés.

Le compost mûr, refroidi est utilisable en seulement 2 à 3 mois. Si vous avez quelques mois supplémentaires devant vous il ne nous semble pas nécessaire d’utiliser de SCORAMIDE.
Richard ajoute que l’on peut préférer les cendres de bois et un peu de chaux, l’important c’est de voir la température monter vite et fort.

Deux machines énigmatiques, comme celles inventées par Léonard de Vinci, nous attendaient encore : un banc de sciage et un métier à commettre les cordes.
Le banc de sciage permet à une seule personne de débiter avec précision un tronc d’arbre pour en tirer des planches ou des poutres. Richard ne cache pas qu’il s’est inspiré d’une machine géniale inventée en Suède. Pour information le site en français se trouve à l’adresse suivante :
http://www.logosol.fr/

escampe-richard-flamand--banc_de_scieLe banc de sciage en bois construit pas Richard comprend des chevrons 40×60 prévus pour un assemblage à tenon et mortaise avec clavette qu’un simple maillet permet de monter et de démonter.
Une tronçonneuse à essence est fixée sur un astucieux support mut par une cordelette et une manivelle. L’ensemble coulisse sur deux règles de maçon jumelées en aluminium. La chaîne est affûtée selon un angle réduit à 10 degrés au lieu des 35 habituels, pour le sciage en long. Un autre système avec poulie, manivelle et corde permet de faire monter sans peine la bille entre chaque passage de la scie. Le réglage est facile et précis.
Nous remarquons que chacune des machines met en jeu de la corde, le composteur rotatif et le banc de scie déjà décrits. Mais Richard s’en sert également pour déplacer et pour monter le tronc sur le banc de scie, ouvrir la fenêtre de ventilation de la serre.

escampe-richard-flamand-cordeuseLa seconde machine de sa fabrication est donc un métier à commettre les cordages. Le bois de chêne dont elle est faite est issu d’une grosse branche d’un arbre du voisin tranchée sur le banc de sciage. Richard récupère les brins de ficelle agricole, issu de round baller de foin, pour les nouer en une très longue bobine bleue.
Chacune des deux parties du métier est fixée à un poteau, éventuellement un arbre ou un pan de mur. La longueur de corde obtenue sera inférieure d’un mètre ou 2 environ à la distance qui les sépare.
Une perceuse électrique anime 4 poulies munies d’un crochet mobile. Elle imprime aux 4 paires de brins une rotation rapide qui forme les 4 torons. Une manivelle et de la patience pourraient remplacer le moteur de la perceuse. A l’autre bout on remarque une autre manivelle et un rouleau à frein nécessaires pour la mise en tension de la corde. Progressivement les torons se réunissent et forme la corde. Tout cela semble magique.

La corde une fois tombée du métier, est nouée à l’une de ses extrémités pour former une boucle solide. Les petits nœuds de la ficelle initiale sont coupés au canif, la corde est parée. Telle un serpent, la corde achève de se détendre, la voilà prête pour de multiples usages. Quatre cordes identiques, pourront être commises, pour former un très gros cordage (NB. Cher lecteur, si le sujet vous inspire, nous vous invitons à commettre un article dans le prochain bulletin, au sujet des multiples usages de la corde, tant au jardin que pour la construction paille, la fabrication de cabane ou de mobilier…).

escampe-richard-flamand-battage_fauxUne démonstration de battage manuel puis d’affûtage d’une faux compléta la visite. Bien sûr la faux est séparée de son manche. Assis dans l’herbe au bord du fossé, (ergonomie d’assise) l’enclume plantée en terre entre les jambes on se saisit d’un marteau spécial à manche court. Il permet d’écraser le métal du tranchant de la lame sur l’enclume.
La faux retrouve son manche. La pierre à faux, la vraie, est en pierre naturelle. C’est un grès très fin que l’on trempe régulièrement dans l’eau puisée dans une vraie corne. Il faut renoncer aux pierres très abrasives qui usent la lame prématurément. Avec un coupant parfait l’usage de la faux devient presque délectable.

Pour obtenir un bon foin de prairie, le fauchage doit attendre la “montaison” le stade avant l’apparition de l’épi et la floraison des graminées. Mais pour maintenir une bio-diversité nécessaire il peut être utile de retarder la fauche, ne serait-ce que sur quelques dizaines de mètres carrés.

Nous remercions encore Richard pour ses informations.